02.03.2019     0
 

Comment gérer le stress?


Né il y a environ 50 ans, le mot «stress» s’emploie tous les jours, car le stress envahit de plus en plus notre vie quotidienne, qu’il s’agisse du stress dit positif, qui nous fait exister en maintenant notre organisme en éveil (avec un effet naturellement dopant), ou du stress dit négatif qui altère notre psychisme et notre physique et met en danger notre vie, particulièrement s’il se prolonge.

Stress, de la vague au raz de marée

Selon la définition de l’Agress (Association des groupes de recherche et d’étude sur stress et santé), le stress est le processus physique, chimique ou émotionnel qui, en s’exerçant dans l’organisme, provoque une tension pouvant devenir pathologique. Dans la mesure où le stress est une réponse de l’organisme à une situation jugée agressive, on a d’abord affaire à une réaction physiologique. Cette réaction évolue en trois phases.

La première phase, dite initiale ou d’alarme, est commune au stress positif et au stress négatif. Le système nerveux et le système endocrinien produisent des hormones (notamment l’adrénaline et la cortisone), tandis que le système cardio-vasculaire s’emballe. Le tout provoque l’augmentation de la pression artérielle, l’accélération des rythmes cardiaque et respiratoire, mais aussi sudation, rougeurs, dilatation des pupilles. Lorsque cette phase est relativement courte ou peu fréquente, elle motive, dope, permet de dépasser ses limites, de s’adapter aux changements, d’être plus efficace. On parle alors de stress positif. Celle du sportif en ligne de départ par exemple, ou de l’amoureux(se) au moment de sa déclaration.

Si la situation de tension se poursuit, on entre dans la deuxième phase: phase d’adaptation ou de résistance, pendant laquelle l’organisme reste en alerte constante. jusqu’au moment où il finit par s’essouffler et fléchir.

On entre alors dans la troisième phase, la phase d’épuisement, au cours de laquelle les réserves énergétiques et psychiques de l’organisme sont dépassées et effondrées. C’est à ce moment-là que l’on devient très vulnérable. La personne présente un certain nombre de symptômes et de comportements directement liés au stress ressenti.

Gare aux conséquences psychiques et somatiques du stress

Les conséquences du stress sur la santé physique et mentale diffèrent d’un individu à l’autre. En effet, le phénomène dépend de plusieurs critères (physiques, chimiques, sociaux, familiaux), dont l’histoire personnelle de chaque individu et ses représentations du plaisir et de la douleur. On ne sait pas bien expliquer pourquoi certains réagissent plus ou moins mal et plus ou moins longtemps aux mêmes contraintes qui provoquent du stress. Les facteurs génétiques et l’aptitude (apprise ou spontanée) à gérer ses émotions sont cependant en cause.

Tous les organes pouvant être touchés par la persistance des déséquilibres hormonaux, le stress a des conséquences pathologiques corporelles: maux de tête, douleur d’estomac, hypertension, insomnies, douleurs dorsales, infarctus du myocarde (hé oui!). On sait aussi que le stress a un effet néfaste sur les pathologies graves comme les cancers, et qu’il altère l’efficacité des traitements. La guérison est moins bonne et plus longue à s’installer.

Bien sûr, le psychisme n’est pas en reste face à la répétition ou à la pérennisation du stress puisque l’anxiété, les addictions ou la dépression mentale sont des symptômes classiques du stress. L’actualité a fourni ces derniers mois des exemples de stress extrême professionnel menant à des suicides par épuisement.

Prévenir vaut toujours mieux que guérir en matière de stress

Le premier traitement contre le stress est la prévention par l’éviction ou la suppression des situations stressantes. Cependant la pression sociale et historique va en sens inverse, vers plus de tensions quotidiennes. Rachid Soulimani, président de l’Agress, souligne alors «qu’il ne s’agit pas de guérir du stress, mais de préparer l’avenir d’une société qui va devenir de plus en plus stressante». Il faudrait donc trouver des moyens de vivre avec et d’en faire un atout plus qu’un handicap.

Dans ce but, quatre points importants sont à mettre en avant: l’éducation, la prévention quand elle est possible, une bonne alimentation (pas de toxiques mais un supplément de vitamines si nécessaire), une bonne hygiène physique (sport, exercice) et mentale (relations épanouissantes, loisirs, culture de la joie et des petits bonheurs). Même si elles n’ont pas le pouvoir d’éradiquer les situations stressantes, ces conditions de vie permettent de lutter efficacement contre le stress négatif et d’éviter un effondrement.

Sortir de la citadelle assiégée

Le stress, c’est souvent se sentir bloquer dans une citadelle assiégée. Pour en sortir, un bilan avec le médecin traitant est souhaitable. Tout ce qui peut corriger et contrebalancer le stress doit être mis en œuvre, tel les espaces de récupération et de contentement (les soupapes!), avant d’envisager la prise de médicaments pour diminuer les symptômes liés au stress, car il existe un risque de dépendance aux médicaments si la situation se prolonge.

Le médecin traite l’ensemble des réponses au stress (hypertension, fragilité cardio-vasculaire.). Les psychothérapies de soutien, particulièrement les thérapies cognitivocomportementales, donnent de bons résultats; elles visent à anticiper les situations de stress et à les gérer mieux. C’est aussi l’occasion de revoir tout un mode de vie inadapté aux besoins profonds de la personne. Il n’est pas anodin que les médecins psychiatres addictologues notent actuellement l’expansion d’une addiction au stress professionnel ou personnel, stress tendu vers la performance et la perfection.

Trois questions à Rachid Soulimani, enseignant-chercheur universitaire

«Comment savoir quand on est stressé?»

On est en permanence stressé, parce que le stress est une contrainte naturelle indispensable à l’adaptation aux conditions de la vie. sauf lorsque cette contrainte devient pénible, répétitive, inéluctable et indésirable. C’est en fait l’incapacité de notre organisme et de ses fonctions à s’adapter à ces tâches pénibles qui va générer une situation dite, de manière simplifiée, de stress négatif générateur de maladies.

«Y a-t-il des périodes plus favorables au stress?»

Paradoxalement, c’est souvent lors de la préparation d’une période de repos et de détente (vacances) que l’individu ressent plus de stress. Ce phénomène serait lié à une accumulation pendant la période active (stressante) de nombreuses contraintes dont les conséquences sont plutôt ressenties au moment du relâchement de la vigilance et de l’effort de la part de notre organisme: c’est une sorte de décompensation avec l’augmentation de la sensibilité de notre organisme aux tâches les plus courantes.

«Peut-on guérir définitivement du stress?»

Lorsque le stress est vécu comme une stimulation (une sorte de dopage), il est qualifié de positif et il peut contribuer à stimuler les fonctions de l’individu qui ne s’en plaint pas. En revanche, à partir du moment où ce stress devient une contrainte pénible et répétitive, il devient préférable de s’en éloigner et de l’éviter. Même si le stress (ou la pénibilité) n’est pas déclaré comme une cause directe de maladie, il est admis scientifiquement comme un facteur de risque dans de nombreuses maladies.

Des pistes pour échapper au stress

Pour mieux gérer les situations stressantes, on parle beaucoup du travail de la respiration, qui aide à retrouver la conscience de son corps et un rythme respiratoire et cardio-vasculaire plus régulier. Par exemple, les principes du yoga, du Qi Gong ou encore de la sophrologie peuvent contribuer à la maîtrise du corps par le biais de la respiration et de la concentration.

Si l’essentiel est de retrouver la maîtrise de soi sur le plan physique, c’est aussi vrai pour le mental. C’est pourquoi il est indispensable de s’accorder des temps de plaisir et de loisirs, que ce soit du yoga, de la danse, des voyages, des rencontres, de la peinture, de la lecture, du tricot ou du chant choral.

La prévention du stress passe par l’hygiène de vie bien comprise. Encore faut-il accorder suffisamment d’attention bienveillante à soi-même pour savoir ce qui ressource et revitalise sa personne.


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